Le visage d'une campagne d'irrigation dans l'Aube
Ils sont environ 250 exploitants à avoir recours à l'irrigation chaque année, essentiellement pour des cultures légumières (Pommes de Terre, oignons, carottes, céleris...) mais certains d'entre eux sont équipés pour améliorer le potentiel de terrains très superficiels.
Si l'irrigation s'est développée dans l'Aube dans le début des années 90 sans grande contrainte, elle fait aujourd'hui l'objet d'un encadrement réglementaire et administratif très poussé, d'une part pour ce qui est de l'existence même d'un forage et du prélèvement associé et d'autre part, chaque année au regard de la situation climatique pour ce qui est du volume réellement autorisé.
Au titre de la loi sur l'eau, tout forage fait en effet l'objet d'une déclaration et le prélèvement est soumis à déclaration au-delà de 10 000 m 3/an et à autorisation (avec enquête publique) au-delà de 200 000 m 3/an.
Chaque année, un quota est attribué par exploitation. Ce quota est calculé à partir des surfaces plantées et du quota par culture. Il doit tenir compte des volumes autorisés pour chacun des forages utilisés par l'exploitation.
Les quotas par culture sont définis par arrêté préfectoral (cf. extrait), et sont encadrés par une notice réglementaire régionale (cf. extrait). Dans l'Aube, toutes les cultures ne sont pas irrigables, en particulier, le blé tendre ne l'est pas quelque soit le secteur du département.
Extrait de l'arrêté préfectoral aubois de gestion de la sécheresse 2011
Quotas extraits de la notice régionale 2011 :
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Type de légumes
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Quota alloué en mètres cubes/ha
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Pomme de terres de consommation
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2.500
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Pommes de terre : Plants / Fécules
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2.100
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Oignons semis
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2.800
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Oignons bulbilles
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2.100
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Asperges
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2.000
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Autres légumes de plein champ et fruits rouges
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2.500
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Le volume global attribué par quotas aux irrigants du département est de l'ordre de 24 millions de m 3 chaque année. Le volume consommé varie selon la pluviométrie de l'année de 60 à 90 % de ce quota.
Si l'année est sèche, des mesures de restriction du quota attribué sont mises en place (allant de -5 à -100 % du quota attribué). Ces restrictions sont graduées en fonction de l'évolution du niveau des débits des cours d'eau ou des nappes, examinée lors des observatoires sécheresse présidés par le Préfet.
Les annonces alarmantes pour les prochaines années
D'ici quelques années, la gestion de l'irrigation sera assurée collectivement par l'attribution d'un volume « prélevable » par Bassin Versant que les irrigants devront gérer ensemble avec des règles de répartition définies ensemble.
Les volumes « prélevables » annoncés pour 2017 sur les deux bassins versants les plus tendus (Herbissonne et Barbuise) sont inférieurs aux volumes nécessaires : pour l'Herbissonne, le volume dit prélevable est environ du tiers de celui des besoins, pour la Barbuise il est environ des deux tiers. Cette situation est très alarmante pour l'économie agricole auboise car ces réductions annoncées sont l'équivalent de 1120 ha de pommes de terre (sur les 5700 ha du département) ou encore l'équivalent de 5,6 millions d'euros de marge brute.
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Quelques repèresLe volume attribué par quotas aux irrigants du département est de l'ordre de 24 millions de m3, soit l'équivalent du volume d'eau passant dans la Seine à Pont sur Seine pendant 3,5 jours à débit moyen, ou encore 80 % du volume prélevé pour l'alimentation humaine sur l'année, ou encore 15 % du volume prélevé pour l'usage industriel sur l'année. Mais évidemment le volume d'irrigation est prélevé quand il fait sec, sur 5 mois.Un enrouleur dans la plaine représente un volume prélevé de 80000 m3, il est aussi à l'origine d'un emploi.Un article CEMAGREF/INRA affirme que, dans les cas de situations courants, les pertes nettes par évaporation sont inférieures à 10 % pour un apport de 30mm ; ces pertes peuvent atteindre 15 % en condition de demande climatique extrême (effet oasis : parcelle irriguée, isolée au milieu de chaumes en été, pendant le midi solaire, sans passage nuageux). Systématiser un arrosage de nuit (contraignant pour l'agriculteur en période de travaux intenses dans les champs en journée) n'est donc pas la solution miracle.
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D'ici 2017, des solutions de replis devront donc être mises en place. C'est ce que les irrigants de ces secteurs ont compris, il n'est pas question de supprimer cette valeur ajoutée départementale sans réagir. Une piste est donc actuellement à l'étude : il s'agit de diminuer la pression de prélèvement dans la nappe de la craie (qui conditionne les débits des cours d'eau Barbuise et Herbissonne) en étudiant comment optimiser les pratiques d'irrigation mais surtout en ayant recours à une autre ressource : celle de la nappe alluviale de l'Aube.
Pour cela les irrigants sont soutenus par la Chambre d'agriculture qui lance une étude destinée à déterminer les solutions les plus adaptées qui permettront de concilier les différents usages de l'eau dans le respect des prérogatives économiques, environnementales et sociales. Cette étude devrait apporter ces conclusions pour fin 2012.
D'ici là, la campagne 2012 est en préparation : formulaires de demandes de quotas à remplir pour les irrigants, suivis du niveau des nappes pour la DDT. Gageons que les niveaux de pluviométrie des mois de décembre et janvier auront pu améliorer la situation des nappes, annoncée préoccupante pour la nappe de craie au nord de la Seine au dernier bulletin réglementaire publié le 15 novembre (état d'alerte).
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Denis ANDRY,
Responsable Irrigation de la Chambre d'agriculture
1 – Vous représentez depuis quelques années la Chambre d'agriculture auprès des pouvoirs publics, quel regard portez-vous sur l'évolution de ce dossier irrigation ?
A partir de la sécheresse de l'été 2003, la DDAF a sollicité les irrigants pour élaborer un ensemble de critères de gestion, souvent en prenant en compte la faisabilité technique pour l'irrigant. Au fil du temps, la volonté des pouvoirs publics a été d'harmoniser les règles d'un département à l'autre, introduisant petit à petit de nouvelles contraintes et réduisant les marges de manoeuvre avec la DDAF. Aujourd'hui, le dossier est tendu, les circulaires ministérielles remettent en cause les avancées de bon sens que nous avions pu obtenir, cette surenchère de règles en irrigation, comme dans l'ensemble des dossiers environnementaux, est affligeante.
2 – Parmi les évolutions de ce dossier figure la gestion collective d'un volume attribué à un ensemble d'irrigants, quel rôle entend jouer la Chambre d'agriculture dans ce dossier ?
La DDT nous sollicite régulièrement pour devenir cet organisme unique chargé de gérer avec les irrigants d'un secteur, le volume que l'administration lui aura attribué. Nous sommes très réticents, d'une part car les volumes dits prélevables nous paraissent parfois extrêmement faibles, d'autre part car avec l'organisme unique, même si nous adhérons à l'utilité que les irrigants gèrent ensemble, nous endossons le rôle normalement dévolu à l'administration.
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Contact :
Sandrine Renault, Secrétaire générale.